Kinderzimmer, Valentine Goby

Aujourd’hui c’est la journée de la femme et j’organise un petit rendez-vous éphémère « Place aux femmes sur les blogs ». Oui, bien évidemment, une seule journée consacrée aux femmes est ridicule mais j’ai quand même envie de mettre à l’honneur des auteures.

J’ai réfléchi longuement au billet que j’allais vous présenter pour l’occasion et un titre est vite apparu comme une évidence : Kinderzimmer de Valentine Goby. C’est un roman écrit par une femme sur les femmes et plus particulièrement les femmes déportées à Ravensbrück et même plus précisément les femmes enceintes déportées.

Autant vous prévenir tout de suite je vais avoir beaucoup de mal à vous parler de ce roman qui m’a littéralement bouleversée. J’ai beaucoup de mal à trouver les mots pour décrire ce que j’ai ressenti. C’est un peu la même impression, le même mal-être que lorsque je suis revenue de notre voyage d’étude à Auschwitz. Trop d’émotions, trop de crampes dans le ventre pour trouver les mots justes… Je vais essayer quand même.GOBY Kinderzimmer

Quid  ?

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Mon bavardage

J’ai mis du temps avant d’emporter ce roman à la maison : parce que le sujet est difficile, parce qu’au mois de janvier je n’étais pas assez forte psychologiquement, parce que je voulais le lire d’une seule traite, parce que depuis que je suis mère, la perspective des accouchements et de nourrissons dans les camps de concentration me remue les tripes.

Contrairement à certains lecteurs, je suis rentrée directement dans l’histoire. Le style, que certains jugent décousu, m’a captivée. Je n’ai pas pu lâcher le livre avant le point final. Parlons d’ores et déjà du style : il est une véritable force pour l’histoire. Les hésitations, les mots un peu isolés s’enchaînent pour relater à merveille l’Histoire. Valentine Goby nous propose une histoire bien documentée, tirée d’une histoire vraie. L’ensemble est donc sans fioriture, sans volonté de vouloir romancer à tout prix, de vouloir susciter impérativement une émotion surfaite. C’est un récit fort, un récit finalement très humain, un récit où chaque mot claque !

Je me suis totalement identifiée à Mila, cette jeune femme qui arrive enceinte au camp de Ravensbrück. J’ai vécu avec elle cette grossesse plus que cachée, ces petits rien qui la poussent à vivre, cette lutte incessante pour que ce bébé reste à elle, pour qu’il soit la seule chose qui dépende d’elle et non des nazis. L’écriture de Valentine Goby nous plonge dans l’univers de Mila, nous invite à ressentir les mêmes sensations qu’elle. Kinderzimmer est la vie de femmes essayant coûte que coûte de vivre dans cet enfer. Mila est une jeune femme mais elle m’a semblée presque dénuée d’âge. Les personnages secondaires sont eux-aussi très forts : j’ai beaucoup apprécié la force mentale de Teresa, la bienveillance de Sabine.

Et dans ce block, malgré l’impureté du lieu, on retrouve un lieu presque doux, comme un repère dans cette prison inhumaine. Les femmes s’entraident, les femmes s’organisent, les femmes rêvent.

Évidemment Valentine Goby décrit la vie dans les camps de concentration (les appels dehors, dans le froid, les morceaux de pain, les toilettes, la maladie…). Cet aspect du roman est dur et elle correspond aux nombreux témoignages que j’avais déjà lus. Mais ici c’est plus qu’un énième roman sur les camps de concentration, c’est une mise en lumière d’un aspect souvent inconnu : les naissances au sein même de ces camps.

Ce roman est un roman difficile. Il faut être prêt pour le lire, être assez fort psychologiquement pour faire face aux descriptions de la vie des camps et surtout à la maternité dans ce contexte. Pour moi, c’est une réelle claque, j’ai été chamboulée. En tournant la dernière page, j’ai eu beaucoup de mal à retourner à mon quotidien. Difficile de préparer le goûter pour sa fille après avoir eu mal physiquement à la lecture de la vie de Mila. J’ai rarement ressenti physiquement l’intensité des mots. J’étais encore habitée par Mila, par son bébé et par tous ces personnages. Je visualise les camps. Je suis replongée dans mon voyage d’étude à Auschwitz.

C’est un roman qui fait du bien, un livre nécessaire… parce qu’il ne faut jamais oublier l’horreur de ce qui s’est passé, la folie inhumaine mise en place par les nazis.

 Les avis de June, Denis, Stephie…

Journéedelafemme2014

A tout à l’heure pour vos billets…

Publicités

34 réflexions sur “Kinderzimmer, Valentine Goby

  1. Un titre que je veux lire mais j’attends le bon moment, et tu me confirmes que cette lecture est importante.

  2. Pingback: Place aux femmes sur les Blogs (les billets) | Les Bavardages de Sophie

  3. je vais le lire aussi, c’est sûr… reste à savoir comment je vais me le procurer… -dit comme ça, on dirait que je vais cambrioler une librairie… j’avoue que l’idée m’a déjà effleurée 🙂

  4. Un très beau billet Sophie qui me donne envie mais j appréhende énormement cette lecture…tu décris très bien tes émotions et comment ce livre t a touché au plus profond de tes tripes de mère…

  5. Ce livre me plait; j’ai terriblement envie de le lire depuis plusieurs mois mais je repousse la lecture par peur d’être trop chamboulée après ça.

  6. Pingback: My March 2014 | Les Bavardages de Sophie

  7. « Un livre qui semble faire l’unanimité » dit Zazy. Eh bien, c’est fini, car moi, je l’ai commencé hier et abandonné aujourd’hui à la page 38. Impossible pour moi de lire ce récit tant le style me rebute. Des phrases décousues, une ponctuation manquante ou mal placée, des phrases tirées en longueur, des mots qui ont l’air de tomber du ciel et d’être hors contexte. Grosse déception pour moi qui m’attendait à un chef-d’oeuvre, d’après les avis de blogueuses. L’histoire est sans nul doute intéressante mais, vraiment, ce livre m’est tombé des mains!
    Chacun ses gouts, n’est-ce pas?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s