Le printemps des poètes 2014 #8

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A Edward Hopper

Il y a deux fenêtres dans le tableau. Trois, pourrait-on dire si l’espace du tableau est considéré comme une fenêtre par laquelle le voyeur alors qu’il n’est pas encore voyant, peut s’infiltrer et muser au gré de sa fantaisie.
Si la voyance lui vient, c’est l’accès à la quatrième dimension qui sera offert.
C’est peut être celle-là même de la femme isolée par la lumière, prise dans le filet de cette lumière qui la découpe plus sûrement que la vitre ouverte sous son regard.
Elle est là toute entière, nimbée de solitude, dans une attente sans but, une attente sans attente.
Elle est à la fois hiératique et tellement abandonnée.
Des histoires se tissent dans la nudité de ses cuisses.
Elle est posée sur la blancheur d’un lit, son ombre accompagnant les diagonales du gris.
Le dehors fait de la figuration – oui simple figuration – une usine terre de sienne prolonge le lit, mais n’entre pas dans l’intimité de la chambre.
Seule la lumière y déploie ses artifices, répandant l’éclat ciselé d’un rectangle où le dos de la femme vient s’appuyer alors qu’il la détache, l’esseulant un peu plus et lui donnant son poids de chair et de mélancolie.
Ses bras qu’elle croise sur ses jambes l’isole encore mieux du dehors.
Dans cette chambre-là on ne sait ce qui a précédé, ni si quelque chose va se produire qui est enclos dans son immobilité même.
On peut simplement imaginer un peu de sperme au long, ou bien une brutalité sans nom, ou bien les jours qui n’espèrent que leur propre retour, ou encore l’attente d’un qui ne reviendra pas. On ne peut qu’espérer que cette déréliction va cesser, que la lumière va glisser des pieds jusqu’aux fesses, puis remonter du ventre aux bras, au cou et au visage et envelopper la femme d’un drap fragile et protecteur… d’une aura tendre et salvatrice.
On voudrait que le visage s’anime sous les rais de lumière.
On voudrait que la blessure de la fenêtre ne l’appelle pas impérieusement vers un envol improbable.
On sent comme un appel hypnotique. On aimerait tirer les rideaux inexistants ou fermer à double tour cette fenêtre que le regard étreint et dépasse tout à la fois.
On aimerait tout autant allonger cette femme dans les plis et replis du lit défait qui lui accorderait un supplément de vie, et peut-être un destin insoumis.

Sylvie Brès

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Une réflexion sur “Le printemps des poètes 2014 #8

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